Pourquoi nous refusons le projet de mémorial britannique à Ver sur mer et toute modification du plan local d’urbanisme (PLU) le concernant

Document N° 1, Texte établi en septembre 2018       

  1. Situation dans le contexte global

La situation depuis 1944 a changé : en 1950, la population mondiale comptait 2,5 milliards, en 2015 déjà 7,3 et pour 2018, l’estimation s’élève à 7,5 ; elle a donc presque triplé en seulement 75 ans. Et cela continuera à un rythme accéléré. Ceci va de pair avec une importante stérilisation des sols à travers le monde, également croissante ; dans un article de Ouest France du 25-26 août 2018, on parle de 50% de surface terrestre affectée. Les conséquences de cette évolution sont connues : faim, guerres et migration, inextricablement liées. Cela nous concerne tous, qu’on le veuille ou non, même si l’on vit dans des pays encore relativement peu touchés comme la France ou la Grande Bretagne.

Si cela concerne tous, cela concerne aussi les enfants des vétérans, leurs petits-enfants et leurs arrière-petits-enfants.

Il est donc urgent, à notre avis, de sauvegarder un maximum de terre arable, même si elle est de moindre qualité, et de sols non artificialisés. On en aura besoin pour cultiver la nourriture pour les personnes vivant en France ou/et des personnes vivant ailleurs et n’ayant pas assez de ressources nationales ‒  nourriture expédiée par voie d’exportation (ou don) de blé, par exemple, et pour assurer la recharge des nappes phréatiques et donc nos réserves d’eau.

  1. Situation dans le contexte historique

L’argumentation du Normandy Memorial Trust de vouloir avoir quelque chose de comparable au mémorial américain fait abstraction du temps écoulé depuis 1944/45 et des conditions de création de ce mémorial:

Le mémorial américain a été commencé très vite après la fin de la guerre, en parallèle à la création du cimetière américain. Il fallait un endroit pour enterrer les soldats morts, c’était une urgence. (Le cimetière actuel remplace un cimetière provisoire commencé dès le 8 juin 1944). Le cimetière et le mémorial américains ont été officiellement inaugurés en 1956, donc il y a 62 ans.

Une telle urgence, une telle nécessité n’existent plus de nos jours.

Les soldats britanniques morts lors du débarquement et de la bataille de Normandie (il faut le redire : nous leur devons une gratitude sans bornes dans le temps, cela est indiscutable et nullement mis en question!) ont trouvé un endroit digne pour leur tombes au cimetière britannique de Bayeux, le plus grand cimetière militaire britannique sur le sol français. Il y a donc un endroit de commémoration qui leur est propre. Ce cimetière se trouve à seulement 15 kilomètres de Ver sur mer (= 10 miles !) et en face, il y a le musée du ‘D-Day’ et de la bataille de Normandie.

  1. Situation dans le contexte de Ver sur mer

3.1 Le site prévu est classé sous le nom Les coteaux et marais de Ver-sur-Mer – Meuvaines et

DPM et porte le numéro 14123

Le site choisi par le Normandy Memorial Trust est un site classé depuis 1993. « Le site s’étend depart et d’autre de la route littorale RD 514 », au sud jusqu’au chemin des Roquettes (et sa prolognation vers l’ouest). La partie située au nord de la RD 514 (= côté mer) fait partie (depuis 2004) du « réseau européen Natura 2000 comme Site d’Intérêt Communataire (SIC) en raison de sa haute valeur écologique ».

Aucun des arguments justifiant ce classement n’est caduc.

Une intervention massive telle qu’elle serait nécessaire pour l’installation d’un gigantesque mémorial met en danger l’ensemble du site.

Un déclassement ou une autorisation exceptionnelle mineraient la confiance des citoyens dans les engagements pris par les instances officielles, confiance qui, de nos jours, est déjà assez ébranlée un peu partout en France, en Europe et dans le monde, ce qui met en danger l’idée même de démocratie et donc aussi la paix et la stabilité.

3.2 Le projet est incompatible avec le projet d’aménagement et de développement durable

             (PADD) définitif de Ver sur mer (cf. doc. joint)

L’accès par l’ouest est exclu (cf. courrier de M. le sous-préfet au collectif des riverains, daté du 30-05-2018). Le terrain ne s’y prête pas et les travaux seraient trop importants pour un site classé qui jouxte un site Natura 2000.

Le projet entraînerait une artificialisation extrême du sol (Voies d’accès, parking, terrasses, murs et stèles, pelouse fréquemment tondue…), avec des effets négatifs pour les nappes phréatiques (perte d’apport) et l’épuration des eaux (en augmentation).

Concevoir l’accès à travers des quartiers résidentiels, puis par le parking municipal de Ver et son terrain de foot, censé devenir parking et ceci pour un nombre annuel de visiteurs estimés à environ 300.000 à 1.000.000 personnes, cela est inconcevable et contraire au bon sens (le mémorial se situerait à environ 700 m du village). D’ailleurs, le projet impacterait  ‒ par ses effets annexes ‒ beaucoup plus de terres agricoles que les 20 hectares qu’il est censé occuper.

Puisque le stade de foot devrait être vendu à cet effet, le maire annonce, pour plus tard, un nouveau terrain : Il faudrait alors sacrifier à nouveau de la terre arable, et pour le terrain et pour la ou les voies d’accès. Et avec le trafic accru qui taversera Ver sur mer, il est à prévoir que les riverains de la rue départementale 112, qui traverse le bourg du sud au nord, réclameront un jour un contournement de Ver pour retrouver leur tranquillité. Un tel contournement augmenterait encore le grignotage du sol. Cercle vicieux de grignotage urbain

Il faut y ajouter que le trafic relié au mémorial et la création de circulation supplémentaire pour les usagers du terrain de foot à Crépon entraîneraient non seulement une pollution atmosphérique, sonore et lumineuse accrue, mais aussi, d’une manière générale, une dangerosité accrue pour l’accès à l’école, la poste et les commerces. (Retenons que les 147 élèves de l’école municipale utilisent régulièrement le stade actuel, situé à seulement 150 m de l’école).

Pareil que pour le point 3.1 : Une modification du PLU en contradiction avec le PADD minerait la confiance des citoyens dans les engagements pris par les instances officielles, confiance déjà assez ébranlée un peu partout et particulièrement à Ver sur mer puisque la municipalité refuse l’information et le débat avec la population, et ceci depuis des années !

3.3 Risque d’urbanisation superflue d’un  terrain qui n’a jamais été retenue comme ‘réserve à

             urbaniser’

Une modification du PLU (Plan local d’urbanisme) serait nécessaire pour la réalisation du projet. Elle rendrait constructible une partie d’un terrain (entre le nord du parc du château et le chemin des Roquettes) qui était non constructible jusqu’en 2016 et qui n’est constructible sous conditions que depuis une première modification très récente en vue de l’installation d’un « camping de luxe »/ »parc de loisirs », qui n’a pas abouti (pour des raisons inconnnues !).

On court donc le risque de voir arriver une urbanisation nullement prévue par le PLU au départ, qu’elle soit liée au mémorial ou, en cas d’abandon du projet, une urbanisation parfaitement superflue, car il y a actuellement à Ver entre 25 et 40 maisons à vendre et à louer, ainsi que des terrains constructibles à vendre ‒ donc aucune nécessité d’urbaniser.

La commune de Ver-sur-mer est la seule commune côtière à avoir gardé un caractère non-touristique, villageois et tranquille et elle est la seule à fournir un aspect assez homogène, entouré de champs (à l’est et à l’ouest ainsi qu’au sud) et de marais (en contrebas) et non défigurée par le tourisme. Vers l’est, l’urbanisation s’étend ‒ une brève coupure entre Courseulles et Bernières exceptée ‒ sans interruption jusqu’à Ouistreham. Vers l’ouest, les falaises commencent dès St. Côme de Fresné et s’étendent jusqu’à la pointe du Hoc.

Le site de Ver-sur-mer est donc unique en son genre et mérite d’être conservé en l’état.

Le site se présente à ceux qui l’abordent par la mer ou à partir de la plage et des dunes encore à peu près comme en 1944.

Et à ceux qui se promènent en hauteur : Rien n’égale la beauté des champs (+ fleurs des champs) qui ondulent devant l’horizon de la mer.

La beauté des vues (et la sobriété du lieu) est un facteur non négligeable de qualité de vie des habitants.

3.4 Aspects esthétique et sécuritaire

Eriger un mur à au moins triple hauteur humaine, au sommet du Mont Fleury, détruirait toute vue dégagée sur la mer et changerait profondément l’aspect original du site vu par le nord, c-à-d.  à partir de la mer et la plage. (Soit dit en passant : un tel monumentalisme risque de susciter de fâcheux rapprochements avec l’Antlantikwall allemand.)

Un mur avec des angles droits, des ouvertures et accompagné sur des longueurs considérables  d’allées de stèles ‒ ce sont autant de possibilités pour des individus mal intentionnés de se cacher. Pour les promeneurs du soir, ce n’est pas rassurant du tout. Or, c’est une promenade absolument sûre jusqu’à présent, qui permet de voir la mer, le ciel (sans être gêné par des réverbères) et de voir toute approche d’autrui longtemps en avance.

Il n’est pas à exclure non plus, hélas, que l’endroit sera choisi comme lieu de pique-nique ou beuveries nocturnes.

Aussi, tel que la page 36 de la brochure du NMT présente l’ensemble, la vue vers le port artificiel d’Arromanches sera complètement barrée par des arbres.

  1. Volet financier

Voir une commmune de 1600 habitants (avec 900 ha de surface) vouloir céder (directement ou indirectement par vente de tiers) à un unique acheteur une surface au moins deux fois plus grande que le lotissment situé entre la RD 514 et le chemin des Roquettes, et ceci à un acheteur qui se fait représenter par une société immobilière de taille mondiale : cela fait craindre le pire.

  1. Mission éducative du mémorial

Le Normandy Memorial Trust, en des termes peu concrets, projette la création d’un centre éducatif (p. 37 de son cahier pdf, non téléchargeable) : « Dans un second temps, sera conçu un Centre d’éducation interactif visant à donner vie aux histoires de ceux qui ont accompli leur devoir en Normandie à l’été 1944. »

Instruire et informer est un objectif noble. Il serait souhaitable de le tourner aussi vers l’avenir, avec l’objectif de réfléchir p.e. sur les moyens pour sauvegarder la paix, par l’éducation, les rencontres…

Mais : Il n’y a pratiquement pas de commune dans les environs qui n’ait pas déjà son musée. Ne citons que les plus importants : Il y a le grand musée à Bayeux, il y a à Arromanches un musée et le cinéma circulaire, il y a le Mémorial de la Paix à Caen avec un vaste programme pédagogique, il y aura un centre franco-britannique à Ouistreham, il y a le mémorial américain… liste non close. Et il y a un très grand département d’Etudes anglophones et un département d’Histoire, Archéologie et Patrimoines à l’université de Caen….et il ya, hélas, beaucoup de vestiges et de cimetières militaires à visiter, bien plus prenants qu’un  mur commémoratif.

Il est tout à fait possible (et souhaitable) de concevoir des échanges franco-britanniques, des stages, des ateliers, des groupes de réflexion autour des questions du maintien de la paix, de l’éducation des jeunes dans le sens d’un civisme actif, autour de la question des droits – mais aussi des devoirs civiques des deux côtés de la Manche etc. Mais cela peut se faire en utilisant les infrastructures existantes à Ver et sur toute la côte. (Rien qu’à Ver par exemple il y a une salle de fête souvent vide, des possibilité d’hébergement collectif, un auditorium sous l’office de tourisme …une grande salle de réunion…)

Retour au point central : Une institution de plus ne serait pas problématique si nos réserves de terre arable et zones non urbanisées étaient illimités. Mais elles ne le sont pas. Et en fait, tout le monde le sait !

Nous faisons donc appel à la responsabilité pour les générations futures, responsabilité entre les mains des décideurs à tous les niveaux, que nous prions instamment de refuser tout avis favorable et toute autorisation d’aménagement ou de construction pour ce projet.

[établi par Maxi Krause, 15, rue Henry Jaquot – 14114 Ver sur mer]

       

        

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